Interview Horizons d'Arnaud Rousseau - Réforme de la PAC : une position équilibrée contre un paiement redistributif

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Le président de la FDSEA 77, Arnaud Rousseau,  évoque la réforme de la Pac et précise la position défendue par le syndicalisme majoritaire.

Horizons : Un accord politique a été trouvé sur la Pac le 27 Juin dernier à Bruxelles. Quelles sont les caractéristiques de cet accord ?

Arnaud Rousseau : Après de longues négociations, les chefs d’Etat et de gouvernements, le parlement et la commission se sont mis d’accord sur un cadre budgétaire et des outils pour la mise en place de la Pac sur la période 2014/2020.  Si l’on peut se satisfaire qu’un accord permette à la Pac de se poursuivre -certes dans un cadre budgétaire plus contraint, nous avons en revanche dénoncé le niveau de subsidiarité jamais atteint ; c'est-à-dire la possibilité pour chaque Etat de prendre des mesures qui lui sont propres, et donc le risque majeur de voir se créer des distorsions de concurrence entre Etats membres. Finalement, ce qui nous heurte, c’est que la Pac qui est au cœur même de  l’idée européenne soit largement abimée à la veille des échéances qui attendent l’Europe en 2014. Ceux qui sont supposés porter L’Europe la détricote…c’est incompréhensible. 

Quelle est la position de la FDSEA 77 dans le cadre de la déclinaison française de cette nouvelle Pac ?

Dès la connaissance des contours de l’accord, nous avons travaillé avec nos collègues d’Ile-de-France ouest et de la FNSEA nord bassin parisien sur un positionnement commun respectueux de la diversité de nos territoires et de nos productions. Le ministère de l’Agriculture a communiqué sur quatre scénarii. Nous avons avec le concours des centres de Gestion du département analysé et simulé les conséquences de ces scénarii que nous avons présentés à la préfète de Seine-et-Marne et au préfet de région.

Notre position est claire, respectueuse des productions notamment celles en difficultés, soucieuse de ne pas rompre les équilibres des entreprises tout en faisant évoluer les soutiens pour préparer 2020.

Ainsi nous sommes favorables à une convergence progressive, linéaire et ne dépassant pas 60%. Il s’agit déjà d’une forme de redistribution. L’accord européen prévoit une possibilité de recouplage à 15%. Conscients des difficultés de l’élevage nous avons validé que cela soit majoritairement orienté vers ces productions ainsi que vers un plan protéines ambitieux. Nous souhaitons que le verdissement soit proportionnel et non forfaitaire. Enfin nous sommes totalement hostiles à la surprime des premiers hectares car elle induit mécaniquement un prélèvement de 30% dès 2015 et ne laisse pas de temps à nos entreprises pour négocier ce virage par ailleurs déjà difficile. J’ajoute que cette mesure, contrairement à ce qu’affirme le ministre de l’Agriculture, aura un effet néfaste sur l’emploi agricole en Seine-et-Marne et réduira le nombre des installations. Quel sera l’intérêt de transmettre une exploitation alors que cette mesure permettra des rentes de situation.

Lors du Conseil Fédéral de la FNSEA le 24 Juillet nous avons par ailleurs accepté une politique volontariste de soutien au handicap naturel alors même que notre département ne peut y avoir accès. Ce conseil a permis d’aboutir à un positionnement commun à la FNSEA. 

Il semble que les décisions vont se prendre début octobre. Quels messages souhaitez-vous faire passer ?

La ferme seine-et-marnaise céréalière, laitière, betteravière va avec cette réforme fournir un effort qu’aucune réforme précédente ne lui a demandé. Les projections les moins défavorables réalisées avec les centres de gestion montrent que le revenu économique de nos exploitations va baisser de 30 à 50% dès 2015 par rapport au niveau moyen des cinq dernières années qui se situe à 367 euros de l’hectare pour une ferme céréalière de 200 ha, ceci quel que soit le scénario retenu. Dois-je ajouter tant le niveau de connaissances économiques des politiques et des journalistes est médiocre que ce montant n’est pas du disponible.

Je prends acte de la proximité permanente des services de l’Etat, que ce soit le préfet de Région, la préfète de Seine-et-Marne, la DRIAF ou la DDT durant tout l’été. Je veux leur dire que si l’échange et l’écoute sont importants, les agriculteurs ont avant tout besoin d’efficacité dans le relais de leurs messages. Les agriculteurs du département vont être contributeurs nets dans tous les cas. L’administration doit impérativement veiller à ce que l’effort soit tolérable.

Aux adhérents, je veux dire le total engagement des élus et des collaborateurs de la FDSEA 77 sur ce difficile sujet de la réforme de la Pac. D’ici fin septembre nous allons organiser des réunions d’informations dans tout le département afin de vous sensibiliser et répondre à vos questions. Après la bonne année 2012, les prix sont en baisse de 30% et la gueule de bois guette. Nous avons toujours affirmé que nous préférons les prix aux primes. Mais personne n’a oublié 2009 et tous les grands pays agricole soutiennent leur agriculture. A ce jour le ministre de l’Agriculture ne semble pas avoir pris la mesure de la brutalité de sa réforme. Il nous appartient de nous préparer à lui rappeler.

 

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